Problèmes prioritaires de santé dans les pays en développement
Pr Jérôme Guelain, Service de santé des armées
Les problèmes prioritaires de santé dans les pays en développement en dehors des situations de crise ne peuvent être compris si l'on n'a pas à l'esprit ce que sont les priorités sanitaires; ce sont des pathologies à la fois graves, fréquentes et accessibles à une stratégie de lutte efficace, qu'elle soit préventive ou curative. Un problème ne peut être prioritaire que s'il a des solutions. S'il existe des particularismes locaux dus essentiellement aux caractéristiques épidémiologiques d'une région, de grandes priorités sont communes à tous les pays en développement, soit du fait de leurs conditions économiques, politiques, sociologiques semblables, soit parce qu'ils sont à peu prés tous en zone tropicale. C'est pourquoi les organisations internationales ont pu proposer des axes d'action et des stratégies de lutte pour l'ensemble de ces pays. Cette approche se concrétise par les «objectifs du millénaire pour le développement » présentés en l'an 2000. On y note la prise en compte des problèmes de santé de façon intégrée dans l'action générale. La mobilisation générale des acteurs du développement et des bailleurs de fonds sur des objectifs clairs et des programmes réalistes permet d'espérer qu'il ne s'agira pas là de voeux pieux.

Les femmes et la santé dans les pays du sud
Annie-Claire Cottu, sage-femme, Secours populaire français
La santé des femmes est le point noir des pays en développement. Une santé malmenée dès la petite enfance ; les filles sont moins nourries, moins soignées, moins éduquées.Très jeunes elles commencent leur parcours dangereux des maternités nombreuses et peu accompagnées par du personnel qualifié. Mal suivies, le don de la vie peut aboutir à la mort pour ces femmes. Ces maternités peuvent aussi entraîner des séquelles à vie, excluant ces femmes de la société. Nous n'oublierons pas les mutilations sexuelles qui, mal faites, ont des conséquences désastreuses. Pour s’en sortir, la santé des femmes passe par l'éducation et par l'espacement des naissances, qui assure l'épanouissement dans la maternité. Les femmes ont un rôle essentiel dans la société, leur santé est un objectif permanent des projets nord/sud.

La santé en situation de crise (conflits, déplacés, catastrophes naturelles…)
Dr Bernard Granjon, Ex-président de Médecins du monde
Prendre en charge la santé d'une population en situations de crise, telles que conflits réfugiés ou catastrophes naturelles, exige de la part des intervenants une formation et une organisation très spécifiques. En effet les pathologies rencontrées, qu'elle soit médicales ou chirurgicales, sont souvent très différentes de celles auxquelles nous sommes confrontées, en temps de paix, dans nos pays industrialisés. Elles exigent de la part des équipes intervenantes une formation spécifique et une organisation adaptée. Quand bien même seraient-elles comparables que les conditions d'interventions seraient toujours très différentes en raison du contexte et du caractère souvent très limité des moyens à disposition. Se rajoutent à ces préoccupations des exigences extra médicales très nombreuses et variées, touchant à la logistique, à l'eau, l'alimentation et l'hébergement, à l'accès aux victimes, à la sécurité des équipes, aux interférences politiques, aux considérations d'ordre éthique… Chaque situation devient ainsi une circonstance unique, même si un certain nombre de constantes permettent de préméditer pour une part chaque type d'intervention. Il importe de souligner qu'une crise n'est jamais fortuite : ce qui est évident pour les conflits se vérifie également pour les catastrophes naturelles, le plus souvent très largement prévisibles. C'est donc à éviter ces situations de crise et leur récidive qu’il conviendra de s'attacher, dans toute la mesure du possible. Il apparaît ainsi que sans un respect des droits de l'homme aucune embellie durable ne peut être envisagée.

Mieux utiliser les ressources médicales dans les pays en développement
Dr Guy Farnarier, président de Santé Sud
Depuis une trentaine d'années, des efforts considérables ont été menés pour fournir des soins de bases aux populations rurales mais la qualité des soins reste médiocre. L'absence du médecin généraliste en première ligne est paradoxale si on considère le nombre de jeunes médecins aujourd'hui formés dans de nombreux pays d'Afrique. L'installation de 140 médecins de campagne au Mali et à Madagascar permet à plus d'un million de personnes d'accèder à des soins de qualité. Santé Sud montre ainsi que la mobilisation des ressources médicales existantes est possible. Pour réussir, cette approche nouvelle doit surmonter un certain nombre d'obstacles et bénéficier de mesures d'accompagnement indispensables, l'enjeu étant une évolution vers un premier niveau de soins crédible auprès des populations. Pour cela, un nouveau concept s'est progressivement imposé, celui de la « médecine générale communautaire » qui fait la synthèse, dans une même pratique, des soins de Santé Primaires et de la Médecine de Famille.

Eau et santé
Elisabeth Catton, chargée de mission, Conseil mondial de l’eau
Pas de progrès significatif dans la lutte contre les maladies telles que le Sida, la malaria, les diarrhées et autres maladies infectieuses d’origine hydrique sans avoir gagné la bataille de la généralisation de l’accès à l’eau potable et à l’assainissement. Pas de développement durable (social et économique ) sans objectif de développement incluant l’approvisionnement en eau, l’assainissement et l’hygiène. Dans quels domaines agir, comment le faire et qui interpeller? C’est sur ces questions primordiales que s’attardera la représentante du Conseil mondial de l’eau.